Arrêter de fumer Les substituts nicotiniques
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Les substituts nicotiniques en quelques mots

Une synthèse de plus de 150 études a démontré que les substituts nicotiniques sont efficaces. Comparativement à un traitement factice (placebo), les traitements de substitution de la nicotine doublent vos chances d'arrêter de fumer! Ce n’est pas en soi une solution miraculeuse, la motivation et des stratégies pour éviter les rechutes doivent l’accompagner, mais ce type de traitement aide en soulageant les troubles causés par le manque de nicotine (symptômes de sevrage).

Les substituts de nicotine se présentent sous différentes formes. Vous trouverez dans cette section la description des avantages et des inconvénients de chacun de ces produits: Patch, gommes, comprimés à sucer ou comprimés à dissoudre et inhalateurs.

Comment ça marche?

Les substituts nicotiniques atténuent les symptômes de sevrage. Ils fonctionnent en libérant de la nicotine dans des doses relativement modestes, qui arrivent petit à petit dans le sang. Le "shoot" de nicotine obtenu par le fumeur est remplacé par une diffusion progressive qui rend le sevrage moins pénible. Le traitement substitutif nicotinique a aussi pour objectif de favoriser la diminution progressive du nombre de récepteurs cérébraux.

En résumé:

  • La nicotine, lorsqu'elle est inhalée avec la fumée de tabac, crée une dépendance physique.
  • A l'arrêt, le manque de nicotine peut entraîner des symptômes désagréables de sevrage : besoin urgent de fumer, irritabilité, déprime, difficultés de concentration, anxiété, troubles du sommeil, maux de tête, prise de poids, appétit augmenté.
  • Les substituts nicotiniques compensent une partie de ce manque en nicotine. Ils apportent la nicotine que votre organisme recevait quand vous fumiez.
  • Ils atténuent les symptômes de sevrage et vous permettent de vous concentrer sur les autres aspects importants de l'arrêt, les aspects sociaux, comportementaux et psychologiques de la consommation de cigarettes.
  • En utilisant les substituts de nicotine, vous évitez d'inhaler le goudron, les substances toxiques, le monoxyde de carbone et les gaz irritants que contient la fumée.

Les substituts nicotiniques sont des médicaments. Veuillez lire la notice d’emballage ou demander conseil à un spécialiste. Un tabacologue saura vous conseiller tout en tenant compte des autres obstacles à votre arrêt, les obstacles psychologiques et environnementaux.

Dosages

On sait que le choix de la dose de départ constitue un facteur important du succès. Les taux de succès sont améliorés si les substituts nicotiniques apportent une quantité́ de nicotine proche de celle que le fumeur retirait de sa consommation de cigarettes.

Cette dose est définie en s’aidant du score de Fagerström qui mesure l’intensité́ de la dépendance nicotinique.

En bonne logique, plus on fume, plus on est dépendant.  En moyenne, une cigarette correspond à 1 à 2 mg de nicotine absorbée (1 cigarette roulée vaut 2 cigarettes et un cigarillo 3), un fumeur ayant l'habitude de fumer plus de 20 cigarettes par jour choisira, par exemple, des patch à 21 mg sur 24 heures. Le sous-dosage est fréquent et peut conduire à la rechute: ne sous-dosez pas ces produits et prenez-les pendant toute la durée recommandée (8 à 12 semaines). Certains fumeurs auront besoin de 6 mois de substitution nicotinique pour de sevrer.

Suis-je dépendant? Test rapide pour définir le niveau de sa dépendance

Ainsi, beaucoup de spécialistes sont d'avis que le dosage en substituts nicotiniques doit être d'environ 1 mg de nicotine par cigarette consommée. D'après ce principe, une personne qui fume 25 cigarettes par jour pourrait prendre un patch à 24,9 mg ou prendre 12x2mg microtabs. Ce principe de 1 mg de nicotine par cigarette doit toutefois être relativisé. D'abord, Il faut garder en mémoire que les gommes et les patchs relâchent seulement 70% à 75% de la nicotine qu'ils contiennent, contrairement aux microtabs dont toute la nicotine est ingérée. Ensuite, des recherches récentes montrent que le nombre de cigarettes par jour doit être pondéré par l'intensité avec laquelle on "tire" sur la cigarette. Par contre le type de cigarettes, plus ou moins fortes, n'a aucune influence sur la quantité de nicotine absorbée: les cigarettes légères sont capables de délivrer autant de nicotine que les cigarettes dites normales!

Les personnes qui tirent très fort sur leurs cigarettes et qui n'arrivent pas à réduire leur consommation auront sans doute besoin d'une dose plus forte de substituts nicotiniques. De manière générale, les fumeurs très dépendants profiteront grandement d'un traitement de substitution et du suivi par une spécialiste. Au contraire, les personnes qui fument moins de 5 cigarettes par jour, qui fument leur première cigarette de la journée plus d'une heure après le réveil et qui ne ressentent pas de symptômes de sevrage ne sont probablement pas dépendantes. Pour ces personnes, les substituts nicotiniques sont moins utiles. Si elles se sentent néanmoins très dépendantes, il se peut que l'addiction soit moins physique que psychologique ou comportementale. Dans ce genre de cas, un soutien médical ou psychologique est également indiqué.

Lorsque l'on est suivi par un médecin, celui-ci peut faire faire un dosage de cotinine urinaire avant le traitement de substitution nicotinique. Ce dosage permet une approche objective de la quantité de nicotine absorbée chaque jour par le fumeur et d'ajuster le degré de substitution nicotinique.

Surdosages et sous dosages?

Tous les gens ne sont pas égaux devant la même dose de nicotine. Des facteurs physiologiques spécifiques, souvent héréditaires, déterminent en effet la proportion de nicotine qui devient disponible dans le sang ainsi que la sensibilité de l'organisme à la nicotine.

Le surdosage de substituts nicotiniques est plutôt rare. Mais cela arrive, alors il vaut mieux savoir en reconnaître les signes: dégoût total du tabac, goût désagréable dans la bouche, maux de tête, vertiges, insomnies, augmentation du rythme cardiaque, nausées, voire diarrhées. En cas de surdosage, il suffit généralement d'enlever son patch ou de cracher sa gomme ou son microtab.

Le sous dosage est un phénomène bien plus courant. Ce sont alors les symptômes de sevrage qui apparaissent, et un risque accru de rechute.

Comment différencier les symptômes du surdosage de ceux du sous dosage? Certains symptômes sont en effet identiques (nervosité, insomnies), il n'est pas toujours facile de savoir si c'est parce qu'on prend trop de substituts nicotiniques ou pas assez. En principe, si on a encore envie de fumer, il s'agit d'un sous-dosage. Et si on est totalement dégoûté du tabac, c'est un surdosage.

Si on souffre de ce genre de symptômes ou si on a un doute quant au dosage, le mieux reste de consulter un médecin.

Substituts nicotiniques et grossesse

A ce jour aucun effet malformatif n’est attribué aux substituts nicotiniques au 1° trimestre de la grossesse quel que soit leur mode d’administration (patchs, gommes...). Aucun effet foetotoxique n’est observé à ce jour chez des femmes utilisant une substitution nicotinique en fin de grossesse quel que soit son mode d’administration (patchs, gommes...).

Il semble que le poids de naissance des enfants de mères sous substitution nicotinique semble amélioré par rapport à celui des enfants de mères qui continuent le tabac.

Une très récente étude parue dans le British Medical Journal montre que les patchs utilisés en substituts nicotiniques n'aident pas les femmes très dépendantes au tabac à arrêter de fumer. Pour celles-ci, les auteurs recommandent le soutien comportemental comme intervention à privilégier.

Substituts nicotiniques et maladies cardiovasculaires

Il est possible que les personnes souffrant de maladies cardiovasculaires prennent des substituts nicotiniques. Ceux-ci n'induisent pas de maladies cardiovasculaires, y compris chez les personnes atteintes d'hypertension artérielle ou de maladie coronaire. Ils peuvent même être prescrits à des personnes venant de faire un infarctus du myocarde dès la sortie des soins intensifs.

Substituts nicotiniques: effets indésirables

Les effets indésirables liés à l'utilisation de la TSN dépendent du type de produit (irritation cutanée voire allergie pour les patchs et irritation de la cavité buccale pour les gommes et les pastilles). Il n'existe aucune preuve indiquant que le traitement nicotinique de substitution induise un risque d'accident cardiovasculaire.

Durée des traitements

Les traitements par substitution durent généralement trois mois et sont interrompus progressivement. Les doses peuvent être diminuées peu à peu. On conseille cela pour laisser à l'organisme le temps de se désaccoutumer.

Ces trois mois représentent une moyenne donnée à titre indicatif. C'est avant tout une question de stratégie personnelle, qu'on doit déterminer seul ou avec son thérapeute. Tout au plus, on recommande aux fumeurs qui arrêtent les substituts nicotiniques d'en garder quelques-uns à portée de main pendant les premières semaines, en cas de besoin urgent (tout vaut mieux que de reprendre une cigarette!)

Les traitements peuvent être prolongés si nécessaire, quand le désire impérieux de fumer se fait encore ressentir et leur interruption prématurée diminue considérablement leur efficacité! Un traitement de plus longue durée peut être utile pour les fumeurs les plus dépendants pour permettre une décroissance progressive des doses.

On sait que dans 5% des cas, les ex-fumeurs utilisent des traitements de substitution nicotinique à long terme. Les risques potentiels de l’usage de nicotine à long terme incomparablement inferieurs à ceux provoqués par le tabagisme.

Substituts nicotiniques: ce que montrent les études

Une récente méta-analyse de 2012 (150 études, 500000 fumeurs) montre que le traitement par substituts nicotiniques (quelle que soit la forme) augmente les chances de sevrage de 50 à 70%.(RR 1,60).

Les effets sont largement indépendants de la durée de la thérapie, de l'intensité du soutien additionnel fourni ou du cadre dans lequel le traitement nicotinique de substitution était proposé.

Il n'existe pas de différence d'efficacité entre les différentes formes de substituts nicotiniques.

Cette méta-analyse conclue cependant que pour les fumeurs très dépendants les gommes à la nicotine dosées à 4mg sont plus efficaces que les gommes à la nicotine dosées à 2mg. Le bénéfice des patchs plus fortement dosés est moins prouvé. L'utilisation du patch au-delà de 8 semaines ne semble pas augmenter les taux de succès.

Il est également prouvé que la combinaison patch/formes orales à délivrance rapide de nicotine est plus efficace que l'utilisation d'une seule forme de substitut nicotinique, tout comme la combinaison patch/Bupropion.

Les données préliminaires suggèrent que l'utilisation d'un traitement nicotinique de substitution un peu avant la date d'arrêt planifiée peut augmenter les chances de réussite.

En résumé, pour ou contre?

C'est au choix de chacun. Les traitements de substitution ne sont pas la panacée mais augmentent considérablement les chances d'arrêt, surtout pour les personnes très dépendantes.

Le mieux est qu'ils soient accompagnés d'autres mesures de traitement et d'un suivi par un spécialiste. Il est aussi important de prendre en charge la dépendance psychologique que physique. Par ailleurs, ces traitements présentent peu d'effets secondaires et peu de risques de dépendance. La diffusion lente des substituts, par opposition avec la diffusion rapide des cigarettes fumées (effet "shoot", en moins de 7 seconde) protège de ce risque. En effet, la dépendance dépend aussi et surtout de la vitesse d'absorption de la nicotine.

En savoir plus

D'autres informations sur treatobacco.net liens_externe_bleu-sur-blanc

Référence

Méta-analyse

  • Lindsay F Stead, Rafael Perera, Chris Bullen, David Mant, Jamie Hartmann-Boyce, Kate Cahill, Tim Lancaster, Nicotine replacement therapy for smoking cessation, Editorial Group: Cochrane Tobacco Addiction Group, Published Online: 14 NOV 2012

Etudes

  • BMJ 2014; 348 doi: http://dx.doi.org/10.1136/bmj.g1622 (Published 11 March 2014)
  • Balfour D, et al. Diagnosis and treatment of nicotine dependence with emphasis on remplacement therapy. A status report. European Heart J 2000 ; 21(6) : 438-45
  • Risks and benefits of Long-Term Use of Nicotine Replacement Therapy (NRT) Products (Public Workshop). October 26-27, 2010
  • Congrès national de la SFT, Paris, 2012, Le bon usage des substituts nicotiniques, 8 questions qui font débat
  • J Benkel, A Borgne, Prévention: les aspects pratiques du sevrage tabagique, Oncologie thoracique, 2011 – Springer
  • Pharmacocinétique et pharmacodynamie de la nicotine, in Tabac : comprendre la dépendance pour agir, Inserm, 2003


Auteur: Grégoire Monney / Mise à jour : Anne-Sophie Glover-Bondeau, décembre 2014

Mise à jour le Jeudi, 11 Décembre 2014 09:46