Le bupropion (Zyban)

Le chlorhydrate de bupropion (ou Zyban) a initialement été utilisé aux Etats Unis comme antidépresseur. Alors qu'il s'avérait peu efficace pour traiter la dépression, en 1992 on s'aperçoit que le traitement ôte l'envie de fumer à certains patients. Depuis, des études scientifiques ont démontré l'efficacité de ce produit dans l'arrêt du tabagisme, même si la réussite et le maintien de l'arrêt dépendent d'autres mesures encore. En outre, le bupropion est un médicament pouvant entraîner des effets secondaires, il n'est donc remis que sous prescription médicale et doit impérativement s'accompagner d'un suivi médical approprié.

Comment ça marche?

Les fumeurs développent une dépendance à la nicotine, produit chimique contenu dans le tabac. La nicotine agit sur le système nerveux, où elle se lie à des récepteurs et déclenche la libération d'un messager chimique, la dopamine, qui joue un rôle dans le plaisir de fumer. Les mécanismes précis du mode d'action du bupropion ne sont pas totalement élucidés mais on sait qu'il agit au niveau de ces messages chimiques. On pense que le bupropion diminue le déplaisir de l'arrêt an inhibant la recapture des neuromédiateurs et venant compenser le déficit de dopamine lié à l'arrêt du tabac.

D'une manière générale, les antidépresseurs peuvent parfois être utiles dans l'aide à l'arrêt pour trois raisons (Hughes et al., 2007):

  1. Le manque de nicotine peut produire des symptômes dépressif, voire dans les cas les plus graves précipiter l'apparition d'une dépression majeure: l'antidépresseur prévient ces risques.
  2. Les propriétés "antidepressives" de la nicotine sont un facteur de maintien du tabagisme. Puisque le fumeur en manque de nicotine se sent déprimé quand il ne fume pas, il recommence pour se sentir mieux: l'antidépresseur remplace cet effet de la nicotine.
  3. Les antidépresseurs agissent sur des systèmes neuronaux et des récepteurs dont le lien avec l'addiction à la nicotine a été démontré.

Les hypothèses 1 et 2 n'ont pas été vérifiées, il semblerait, au contraire, que le mode d'action du bupropion sur le tabagisme soit indépendant de son effet "antidepresseur" (Hughes et al., 2014).

Avantages

Le bupropion aide au sevrage tabagique car il:

  1. Réduit le plaisir de fumer
  2. Réduit les symptômes de manque
  3. Limiterait la prise de poids

Effets indésirables

L'effet secondaire le plus fréquemment observé est l'insomnie dans 25 à 35 % des cas. Des patients ont parfois rapporté les effets suivants: bouche sèche, agitation, anxiété, irritabilité, dépression, tremblements, maux de tête, vertiges, tachycardie, douleurs thoraciques, douleurs abdominales, nausées, constipation, eruption cutanée transitoire, urticaire et très rarement des crises d'épilepsie (risque de 1 sur 1000).

Une récente méta-analyse n'a démontré aucun excès de risques neuro psychiatriques ou d'événements cardio-vasculaires chez les personnes prenant du Bupropion (Cahill et al, 2013). Le Bupropion a été associé à un risque de suicide mais le lien de causalité n'est pas clair.

Comme pour la varénicline (Champix®) et les traitements de substitution, beaucoup de ces effets secondaires peuvent être attribués au sevrage tabagique lui-même.

Il existe des contre-indications absolues au bupropion (Zyban®) qu'il est impératif de respecter. Il est par exemple fortement déconseiller d'utiliser ce médicament en cas d'hypersensibilité au produit, de trouble grave du comportement alimentaire ou de sevrage d'alcool. De toute manière, seul votre médecin traitant est à même de vous prescrire ce médicament. Informez-le bien de tous les médicaments que vous prenez, afin qu'il puisse, le cas échéant, ajuster votre traitement.

Pour l'énumération précise de toutes les contre-indications et effets secondaires, référez-vous à cet extrait du compendiumliens_externe_bleu-sur-blanc.

Grossesse et allaitement

Comme beaucoup de médicaments, il n'y a que peu de données sur les effets du Zyban® durant la grossesse chez l'humain. Il n'y a pas d'effet toxique connu sur le développement du bébé durant la grossesse, notamment pas de malformation mais on préfère l'utiliser hors de la grossesse, le risque potentiel étant encore inconnu. Parlez en à votre gynécologue et voyez ensemble quelle est la meilleure solution. Si vous programmer une grossesse, il faut compter environ 1 semaine pour éliminer le Zyban® après qu'il ait été arrêté. Etant donné que le principe actif de Zyban® passe dans le lait maternel, l'allaitement est déconseillé pendant son administration.

Utilisation en quelques points

  • Ce médicament est destiné aux fumeurs qui ont pris la décision de cesser de fumer et dont la dépendance au tabac est importante. Il requiert nécessairement un soutien et un suivi médical ainsi qu'un plan d'arrêt du tabac.
  • En général, il est plus particulièrement indiqué chez des personnes qui présentent des contre-indications aux substituts nicotiniques, qui ont vécu plusieurs échecs avec ces derniers ou qui ont des antécédents de dépression. Une récente étude a montré que le Bupropion était en effet efficace chez les fumeurs ayant souffert de dépression mais pas chez les fumeurs souffrant de dépression. (Van der Meer et al, 2013)
  • Votre médecin traitant est à même de juger quelle est l'aide pharmacologique la mieux adaptée, en fonction de vos besoins et attentes. Le Zyban® (bupropion) n'est disponible que sur prescription médicale.
  • Le traitement commence 7 à 14 jours avant la date d'arrêt que vous vous êtes fixée, le temps de permettre à la substance de développer ses effets.
  • Les 6 premiers jours, 1 comprimé de 150 mg est pris le matin.
  • A partir du 7ème jour, 2 comprimés par jour sont pris: 1 comprimé au lever et 1 comprimé l'après-midi (minimum 8 heures plus tard).
  • Le traitement dure 7 à 9 semaines.
  • En cas d'effets secondaires durables et importants, n'arrêtez pas le traitement sans en parler à votre médecin. Il est possible de réduire la dose à 1 comprimé par jour, ce qui réduit beaucoup les effets secondaires mais reste presque aussi efficace sur l'arrêt du tabac.
  • L'association du Zyban® avec l'utilisation de substituts nicotiniques est possible. Une plus grande efficacité n'est pas encore démontrée scientifiquement.
Résumé de la posologie Ces informations sont ici à titre indicatif. Seul votre médecin est à même de vous prescire ce médicament et de vous guider dans son utilisation
du1er jour de traitement au 6ème jour 1 x 150 mg Zyban le matin
du 7ème jour jusqu'à la fin du traitement (entre 7 et 9 semaines) 2 x 150 mg Zyban
2 fois par jour, 1 le matin et 1 l'après-midi, minimum 8 heures plus tard
Date d'arrêt du tabac entre le 7ème et 15ème jour  


Prix

Pour les 7 semaines de traitement, soit 92 comprimés, le traitement équivaut à une consommation quotidienne de 26 cigarettes environ, suivant le prix du paquet. En Suisse, ce médicament ne peut être obtenu que sur ordonnance médicale et est réservé aux personnes de plus de 18 ans ; il n'est pas remboursé par l'assurance maladie de base mais est parfois pris en charge par une assurance complémentaire.

Efficacité

Une récente méta-analyse sur l'effet des antidépresseurs dans le sevrage tabagique, portant sur 90 études dont 65 sur le bupropion, a montré que (Hughes et al, 2014):

  • Utilisée en thérapie unique, c'est-à-dire sans l'accompagnement d'autres médicament, le bupropion augmente de manière significative les chances de succès d'abstinence à long terme (44 essais , N = 13 728 , risque relatif [ RR ] 1,62 , 95 % intervalle de confiance [ IC] 1,49 à 1,76 )
  • Le bupropion ne montre pas d'efficacité supérieur aux substituts nicotiniques ou à la varénicline. Il a une efficacité comparable aux substituts nicotiniques.
  • Les études suggèrent que le Bupropion est moins efficace que la Varénicline mais des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer cette constatation.
  • Il n'y a pas de preuves suffisantes pour affirmer que la combinaison de bupropion et de substituts nicotiniques améliore les chances de succès d'abstinence à long terme.

Une très récente étude a conclu que le traitement d'association varénicline et bupropion s'est avéré plus efficace que la varénicline seule chez les fumeurs et chez les hommes ou chez les fumeurs avec un haut degré de dépendance à la nicotine et qui n'avaient pas réussi à arrêter de fumer avec des substituts nicotiniques. (Rose et al, 2014)

En conclusion, le bupropion peut être une aide dans le sevrage tabagique et que son efficacité peut être comparable à celle des traitements par des substituts nicotiniques. Nous rappelons que l'utilisation de ce traitement nécessite un suivi médical et qu'il ne constitue qu'une partie du sevrage parmi d'autres mesures d'importance, d'ordre social, comportemental et psychologique.

Références

Revue Cochrane (méta-analyse) sur l'utilisation d'antidépresseurs dans le sevrage tabagique

  • Hughes JR1, Stead LF, Hartmann-Boyce J, Cahill K, Lancaster T. Antidepressants for smoking cessation. Journal Cochrane Database Syst Rev. 2014 Jan 8;1:CD000031. doi: 10.1002/14651858.CD000031.pub4.Update of 2007

Revue Cochrane (méta-analyse) sur l’utilisation de médicaments dans le sevrage tabagique

Kate Cahill, Sarah Stevens, Rafael Perera, Tim Lancaster, Pharmacological interventions for smoking cessation: an overview and network meta-analysis, Editorial Group: Cochrane Tobacco Addiction Group, Published Online: 31 MAY 2013

Sélection d'études


Auteur: Grégoire Monney

Update : Anne-Sophie Glover-Bondeau / novembre 2014

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