Les différents types de dépendance

Certains spécialistes ont fait une différence entre les dépendances physique, psychologique et comportementale. L'idée étant que la dépendance physique est due à l'impact de la substance active sur le cerveau (dans le cas du tabac, il s'agit de la nicotine). Alors que la dépendance psychologique et la dépendance comportementale seraient liées à d'autres facteurs: on fume plus volontiers lorsqu'on est dans tel ou tel état d'esprit, ou dans telle ou telle situation. Pour certains, le désir de fumer vient lorsqu'on est en présence d'autres fumeurs. Pour d'autres, c'est plutôt devant un livre, un ordinateur, un café ou un verre d'alcool.

Mieux comprendre les phénomènes de l'addiction (document PDF)

La classification par types de dépendance est un modèle qui date. Aujourd'hui, beaucoup de chercheurs pensent que, malgré sa complexité, il ne faut pas chercher à subdiviser la dépendance, car il n'y a pas de règles scientifiques claires pour le faire. Quoi qu'il en soit, on peut passer en revue les types de dépendance, en gardant à l'esprit qu'il s'agit probablement de manières différentes d'appréhender une même réalité.

Le Dr. Thomas Rathelot, médecin chef de clinique dans le service d'addictologie aux Hôpitaux Universitaires Genevois (HUG) revient sur la distinction dépendance physique - dépendance psychique:

La dépendance physiqueou pharmacologique s'explique probablement par l'augmentation, chez les fumeurs réguliers, du nombre de "récepteurs nicotiniques" à la surface des cellules nerveuses. Ces récepteurs sont appelés nicotiniques parce que la nicotine s'y lie très fortement dans des conditions de laboratoire (et lorsque l'on fume!).

Mais dans des conditions naturelles, il n'y a pas de nicotine dans le corps humain: les récepteurs nicotiniques sont en fait conçus pour recevoir un neurotransmetteur appelé acétylcholine.L'acétylcholine est l'un des neurotransmetteurs les plus courants dans le corps humain, surtout à l'intérieur du cerveau, mais aussi au niveau de l'activation des muscles.

Donc la prise de nicotine est susceptible d'avoir des effets à tous les niveaux conscients et inconscients de l'être humain. Chez les sujets dépendants, les études montrent que le nombre de récepteurs nicotiniques diminue lentement après l'arrêt du tabac. Un niveau normal n'est atteint qu'après 6 à 12 mois, au plus tôt.

Les effets aigus liés à la dépendance physique à la nicotine (symptômes de sevrage) s'estompent néanmoins 1 à 2 mois après l'arrêt du tabac, selon le degré de dépendance. C'est pour cette raison qu'il est important de suivre les traitements (consultations médicales, substituts nicotiniques, bupropion) pendant 2 mois au minimum.

La dépendance psychologique ou psychique dure plus longtemps que la dépendance physique, et elle est plus difficile à saisir. Les personnes souffrant de ce type de dépendance ont besoin de cigarettes pour réfléchir, pour se relaxer ou tout simplement pour se sentir bien. Certains fumeurs vont même jusqu'à penser qu'ils ne sont pas capables de vivre sans tabac, et que le produit fait partie intégrante de leur vie d'adulte. Il faut compter 6 à 12 mois, voire davantage, pour se défaire de la dépendance psychologique.

La dépendance comportementale ou environnementale est liée à la dépendance psychologique (et à la dépendance physique) mais elle concerne spécifiquement les gestes que l'on accomplit au quotidien. C'est loin d'être anodin, puisque les fumeurs réguliers portent leur main à leur bouche plusieurs centaines de fois par jour. C'est pour contrecarrer la dépendance comportementale que l'on conseille certaines personnes, dans les semaines qui suivent l'arrêt du tabac, de mâcher des gommes ou des bonbons, de s'occuper les mains, ou de se promener avec un objet dans la poche pour remplacer le paquet de cigarettes.

Le concept d'oralité prétend que le rapport à la cigarette est similaire aux premiers sentiments de plaisir et de satisfaction procurés par le sein maternel. La cigarette, toujours disponible, est portée à la bouche pour calmer toutes les angoisses. Les fumeurs qui ont un problème d'oralité courent davantage de risques que les autres de compenser leur sevrage par une augmentation de la prise de nourriture ou d'alcool.

De manière générale, il est important de comprendre que la dépendance à la cigarette est une combinaison de tous ces facteurs. Ce n'est pas parce que telle ou telle personne est sensible à des aspects psychologiques qu'elle ne réagit pas physiquement au "shoot" de nicotine procuré par chaque cigarette.

Selon des recherches récentes analysées par le chercheur italien Christian Chiamulera, la nicotine pourrait agir au niveau du cerveau pour relier entre eux les différents types de dépendance. Ainsi, elle rendrait les fumeurs plus attentifs aux indices liés au tabac qui se trouvent dans leur environnement (odeurs, indices visuels, ambiance). Et elle renforcerait le lien inconscient entre ces indices et l'acte de fumer. Puisque la nicotine stimule de manière générale la circulation des flux nerveux dans le cerveau, une telle explication est tout à fait plausible.

La dépendance des femmes à l'égard de la cigarette possède sans doute une composante psychologique plus forte que la dépendance des hommes, qui se concentre davantage sur l'effet des shoots de nicotine. D'après les travaux du chercheur américain Kenneth Perkins, les femmes sont plus sensibles aux aspects olfactifs et gustatifs de la cigarette: si on leur ôte l'odeur ou le goût de leur marque préférée, elle y perdent beaucoup plus de satisfaction que les hommes.

Test: êtes-vous dépendant(e) du tabac?

Références:
Cue reactivity in nicotine and tobacco dependence: a "multiple-action" model of nicotine as a primary reinforcement and as an enhancer of the effects of smoking-associated stimuli
. C Chiamulera. Brain Research Reviews, In Press (2004).
Sex differences in nicotine effects and self-administration: review of human and animal evidence. KA Perkins, E Donny, AR Caggiula. Nicotine & Tobacco Research 1(4), S. 301-315 (1999).
Nicotine Discrimination in Men and Women. KA Perkins. Pharmacology Biochemistry and Behavior 64(2), S. 295-299 (1999).

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