(le titre est évidemment une référence à Houllebecq, dont j'ai beaucoup aimé certains livres, mais je n'ai pas lu celui-ci)
Deux de mes proches traversent des périodes compliquées, et cela provoque en moi ces jours-ci un tourbillon de sentiments divers, au sein duquel je sens que s'apprête à émerger une île.
Je me suis lancé dans une auto-analyse. J'ai commencé à emmener souvent mon ordinateur dans le train, pour écrire mes souvenirs, en vrac, en cherchant surtout tous ceux qui contiennent de la gêne, de la timidité, de la déprime, du manque de confiance en moi. Et j'en tire des leçons, déjà, après seulement trois séances. Sans doute étais-je prêt à me lancer, et écrire ne sert que de déclencheur, mais je sens des choses passer de l'inconscient à la conscience, je sens des idées se mettre en place, je sens que de vieux nœuds gordiens peuvent être tranchés.
Leçon numéro 1. Beaucoup de choses dans mes souvenirs, dans mes pratiques contre le stress, dans mes fantasmes, dans mon bagage affectif, dans mes goûts, me renvoient à l'époque où je baignais tranquillement dans le liquide amniotique

. Je prends conscience d'un grand besoin de me sentir rassuré, protégé

. Cela confirme que j'ai sans doute bâclé une étape dans la construction de ma personnalité, il y a bien longtemps, et que toutes mes périodes de déprime ont sans doute la même cause, ou le même type de cause. Ni la défume ni le boulot ne sont la cause, ils ne sont que le prétexte, le déclencheur.
Leçon numéro 2. Ma mère est un point de repère important pour moi, nous parlons assez librement, et pourtant jamais je n'ai parlé avec elle en détail de mon enfance. Cela vaudrait le coup. J'ai vécu ce que, de l'extérieur, on appelle une enfance heureuse, mais je m'en souviens comme d'une longue plainte, une longue marche pour me débarrasser de l'enfance, pour fuir une douleur de vivre. Je me souviens avec certitude d'avoir pensé au suicide à sept ou huit ans

. Je me souviens d'avoir pensé, quand j'étais lycéen, que je resterai éternellement spectateur de la vie des autres, sans jamais pouvoir rentrer dans le mouvement. Tout cela, ma mère n'en sait à peu près rien. J'en parlerai à ma mère, car elle peut sans doute me renvoyer une autre image et m'aider à faire la part des choses.
Leçon numéro 3. Je ne me sens plus en conflit avec mon père, mais je n'ai jamais non plus purgé le conflit de mon adolescence. Nous n'avons jamais parlé vraiment l'un à l'autre. J'ai souffert d'avoir pour père quelqu'un d'aussi lunaire, d'aussi perdu dans ses pensées intérieures. J'ai souffert de le sentir mal à l'aise en famille. J'ai appris à ne plus trop souffrir de ses difficultés personnelles, et je me souviens d'avoir décidé, ves vingt ans, que je ne pouvais pas me permettre d'attendre qu'il soit heureux pour m'autoriser à l'être. De tout cela, il est malsain de ne pas parler. J'envisage un long courrier à mon père.
Et je vais continuer à écrire mes souvenirs, car je n'ai pas du tout l'impression que l'accouchement de moi-même soit fini.
Jo
