Des parents fumeurs auraient des adolescents fumeurs
Paris, 30/10/07, LJS.com
Pourquoi les ados fument-ils ? Pour avoir l’air cool, pour faire comme les copains, pour essayer ? Pas seulement. D’après une étude menée par des psychologues de l’université de Tours, si les ados fument c’est aussi parce que leurs parents fument. Alors que seuls 25% des lycéens dont les deux parents sont non-fumeurs deviennent accros à la nicotine, ce sont près de 2/3 des ados dont les deux parents fument qui suivront leurs traces.
Pourquoi les fumeurs ont-ils plus de risque de voir leur progéniture devenir accro à la clope ? Les chercheurs avancent deux explications.
Numéro 1 : la génétique. La dépendance à la cigarette s’expliquerait en partie par l’hérédité. « Si un parent est dépendant à la cigarette, il y a de gros risques d'un point de vue génétique que son enfant le devienne aussi », précise le docteur Robert Courtois.
Numéro 2 : l’environnement. Voir ses parents fumer depuis tout petit pourrait inciter les ados à se tourner eux-mêmes vers la cigarette. « Notre étude montre que l'attitude des parents vis-à-vis de la cigarette, leur niveau de dépendance et leur mode d'éducation ont une influence sur le tabagisme chez leur enfant », explique l’auteur de l’étude. D’après les chercheurs, c’est surtout le tabagisme paternel qui serait en cause : « plus le père est dépendant, plus l'ado a des risques de suivre son exemple ». Avis aux papas... Aline Périault.

Ce que peuvent faire les parentsLes risques de dépendance au tabac augmentent - notamment - en fonction de l'âge (plus on consomme jeune, plus les risques de dépendance augmentent), du stress (et la manière de le gérer) et de l'entourage qui fume (amis, enseignants, famille).
L'attitude des parents est essentielle au succès de leur enfant dans sa quête d'indépendance et de maîtrise de soi. Le dialogue parents/ adolescents dans le comportement tabagique des jeunes joue un rôle important.
Les adolescents déclarant avoir une communication facile avec leurs parents sont moins nombreux à fumer que ceux affirmant qu'il est malaisé de parler avec leurs parents de choses qui les préoccupent vraiment.
En tant qu'adulte, vous êtes pour votre enfant un modèle... imparfait ! Etre un exemple ne signifie pas être irréprochable ou sans faiblesses. Votre enfant ou adolescent saura plus facilement se reconnaître dans une personne cherchant à surmonter ses faiblesses, ses contradictions et ses paradoxes que dans un individu parfait et - par la force des choses - inaccessible.
Parler du tabacL'enfance constitue la période la plus propice pour parler du tabac de manière a renforcer les convictions que fumer n'est pas bon pour la santé. On peut donc commencer à lui en parler très tôt.
Il est important de parler du tabac de façon crédible. Diaboliser ou dramatiser le tabac est à éviter. Quand les enfants entrent dans l'adolescence, il est particulièrement nécessaire de savoir de quoi on parle et de pouvoir appuyer l’interdiction du tabac sur des arguments fondés.
Les groupes d'âge décrits sont indicatifs: l'information doit être adaptée à la réalité et à la sensibilité de chaque enfant ou adolescent.En parler aux 6 à 12 ans: renforcer l'attitude critiqueDe 6 à 12 ans, la position des enfants sur le tabac est assez tranchée. Ils estiment que le tabac: «c'est dangereux pour la santé, ça sent mauvais, ça ne sert à rien, etc ». Il s'agit de renforcer cette attitude. Comme à cet âge, l'enfant est avide de connaissances sur tous les thèmes, on doit pouvoir lui parler des produits nocifs contenus dans la fumée de la cigarette et de leur toxicité sur l'organisme.
Que l'on puisse fumer en connaissant les dangers du tabac apparaît des plus absurde! Ainsi, il se peut, si les parents eux-mêmes sont adeptes du tabac, que les enfants se fassent du souci pour eux. Il est important de les écouter et de prendre en compte leur angoisse!
Les parents fumeurs Les petits enfants perçoivent déjà très bien ce qui se passe autour d'eux. Ainsi leurs premières représentations du tabagisme sont fortement influencées par le comportement de leurs parents. Il est clair que plus l'enfant est confronté à la consommation régulière de tabac de ses parents, plus les risques qu'il devienne fumeur lui-même sont grands. Par ailleurs la position des enfants de parents fumeurs est souvent moins négative par rapport au tabac.
Toutefois, la place du tabac dans la vie d'un adulte ne doit pas empêcher de parler des problèmes qu'il peut engendrer, en s'adaptant à l'âge de l'enfant. Avec les petits enfants, il faut être prudent et ne pas exposer tous les risques pour la santé. On peut leur parler plutôt de l'odeur, de la toux ou de la dépendance. Lorsqu'ils sont plus grands, on peut être plus précis sur les risques encourus. C'est l'occasion aussi pour les parents fumeurs de parler du contexte de leurs premières cigarettes, de leur dépendance, des désagréments que la cigarette occasionne, de leur difficulté à arrêter, etc. On est plus crédible en exprimant ses contradictions qu'en les niant!
Petit conseil enfin: ne pas laisser traîner des cigarettes lorsqu'on a un enfant en bas âge. Il arrive parfois - voulant imiter les adultes-qu'il en mette une à la bouche et qu'il l'avale! Pour un petit enfant, cela peut être très dangereux!
En parler aux 12 à 15 ans : motivations et inconvénientsPour un enfant de 12 ans, essayer de fumer une première cigarette peut vouloir dire qu'il veut grandir, qu'il est curieux et qu'il veut faire «comme les adultes». Il s'agit alors de lui faire comprendre que l'on peut être «grand» sans nécessairement fumer, que l'on n'a pas besoin d'adopter tous les comportements des héros qui nous impressionnent... Tâche peu aisée à cet âge où le dialogue avec les parents (symbole d'une autorité dont l'adolescent veut s'affranchir) est parfois difficile.
L'argumentation scientifique et rationnelle trouve moins d'écho. Les risques de cancer paraissent bien lointains et le tabagisme est bien souvent associé à des moments de fête et de détente entre copains. On peut toujours parler des risques pour la santé, mais il est bon de privilégier la discussion sur les motivations et surtout de contrecarrer les «bénéfices du tabac» aux yeux de l'adolescent et de chercher d'autres moyens d'obtenir ces bénéfices :
- La cigarette n'est pas une libération mais une des dépendances dont il est le plus difficile de s'affranchir.
- Fumer coûte cher. Calculez ensemble ce qu'il pourrait s'offrir par exemple en ne fumant pas pendant 6 mois.
- La fumée de la cigarette sent mauvais et donne une mauvaise haleine. Dans une période où l'on expérimente parfois ses premiers baisers, ce n'est pas terrible! Fumer n'est pas un accessoire de séduction.
- Les performances sportives sont diminuées: la capacité respiratoire est amoindrie déjà chez les jeunes fumeurs.
- En s'affirmant différent de ceux qui fument, on gagne le respect des autres pour avoir osé dire non.
Les fabricants de cigarettes développent des stratégies de manipulation pour séduire les adolescents. Vous pouvez lui proposer une convention, voire un contrat («si tu ne fumes pas jusqu'à 18 ans, je t'offre ton permis de conduire!»). 90% des fumeurs ont commencé avant 18 ans. Plus on fume tard, moins les risques de dépendance sont grands à l'âge adulte. Ça vaut le coup, non ?! En parler aux plus de 15 ans : retour des arguments objectifsDurant la puberté, le jeune cherche un nouvel équilibre et se forge peu à peu une identité propre. Les arguments sur les risques sont à nouveau possibles et l’information scientifique objective reprend le pas sur la perception psychologique.
Engager la discussion autour de ce que le jeune ressent quand d'autres fument: le ressent-il comme une pression? Est-ce que ça le dérange? Comment est-il possible de réagir? On peut ainsi encourager l'attitude critique et consciente.
L'adolescent est très sensible aux risques du tabagisme passif qu'il subit ou qu'il fait subir aux autres, s'il fume.
Il ne faut pas oublier de valoriser les jeunes qui ne fument pas!
A cet âge-là aussi, un contrat financier peut dissuader votre enfant de commencer à fumer.
On peut lui parler, plus en détails, des stratégies discutables des fabricants de cigarettes, qui ont souvent pour cible les jeunes. En décodant les messages publicitaires, en développant son sens critique et en l'encourageant dans son affirmation de soi, on permet à l'adolescent de renforcer son indépendance par rapport au tabac. Le site de l'Association suisse de prévention du tabagisme regorge d'informations et de conseils sur le tabagisme: (Source -> prevention.ch)

Tinou