C’est l’histoire d’un petit bateau fragile qui en a eu assez d’être attaché dans un port, un petit bateau qui voulait depuis longtemps rompre ses amarres mais n’en avait tout simplement pas la force !
Il avait déjà essayé par le passé mais généralement quelques heures plus tard, une grosse vague le ramenait dans le port. Il faut dire qu’il aimait beaucoup son port tranquille et enfumé…la haute mer lui faisant terriblement peur !
Un été 2001, il fit une nouvelle tentative et fort joyeusement, il réussit à tailler sa route sur les mers du monde pendant plus d’une année !!
Mais hélas ! Ayant bien lutté contre quelques tempêtes, fatigué, hélé par les sirènes, il fit l’erreur de s’arrêter sur une île (comme Ulysse le fit bien avant lui

). Sur cette île trônaient des chocolats délicieux, des crèmes renversantes, des glaces savoureuses …

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Notre petit bateau se remplit de la cale aux mâts mais devenu trop gros et trop lourd, le pauvre, encouragé par les sirènes, dû s'en retourner maigrir dans son petit port …
Fatigué, rompu par son long voyage, écoeuré par tous les écueils rencontrés, il y resta 3 longues années ….
Mais un jour, une brise de liberté s’en revint chatouiller ses voiles noircies du goudron de la ville toute proche …
Le petit bateau reprit courage et repartit ! Cette fois, il emmenait à son bord une arme redoutable ! Un émetteur-récepteur Tribulien branché de façon permanente sur un site helvétique recommandé par Ulysse lui-même (ben quoi ? On a bien le droit de broder un peu non

?) !! Un émetteur-récepteur qui devrait lui permettre d’affronter les terribles écueils qu’il savait rencontrer sur son long chemin vers la liberté !
Et le voyage commença pour le frêle esquif plein d’espoir et de courage. Il commença avec une mère grosse, agitée, mauvaise. Un ciel gris et menaçant. Des nuages bas, lourds, noirs et un vent contraire toujours prêt à le renvoyer dans son petit port tranquille.
Et les tempêtes de succédèrent, toutes plus maléfiques les unes que les autres. Le petit bateau était terriblement secoué, terrorisé, sans cesse prêt à chavirer. Milles fois il voulut faire demi-tour, milles fois il résista. Mille fois ses voiles se déchirèrent, son gouvernail flancha, son armature entière prise de craquements sinistres menaça de se rompre et mille fois, par bonheur, la radio Tribu lui donna ses recommandations pour affronter tous les grains, réparer toutes les avaries.
Et le voyage continua vaille que vaille ….
Les tempêtes ne renonçaient pas. Ivres de rage, elles voulaient à tout prix renvoyer la petite coque fragile vers son port d’attache. Telles d'obscurs chevaux sauvages, elles ruaient, écumaient, bondissaient tâchant de briser le petit bateau épris de sa toute nouvelle liberté.
Mais un jour l’air de la haute mer commença malgré tout à chatouiller agréablement les voiles de la petite embarcation, lui promettant lui aussi milles merveilles. Les voix du port ne s’étaient pas tues pour autant mais parfois et de plus en plus souvent, celles du grand large parvenaient à les faire taire quelques instants.
Plus de deux ans après son départ le petit bateau découvrit une mer assagie. Elle commençait enfin à lui offrir l’abri de quelques lagons bleus aux eaux transparentes, aux cocotiers alourdis de chocolateries diverses (ben oui ce sont des cocotiers spéciaux, un peu d’imagination que diable !) sous lesquels le petit bateau avait (hélas trop !) tendance à séjourner pour réparer les plus récents dégâts causés par les dernières tempêtes.
Quiconque aurait pu apercevoir le petit bateau aurait eu pitié. Voiles déchirées, mâts fendillés sans cesse rafistolés, coque singulièrement alourdie (bourrée jusqu’à la gueule des chocolats cueillis dans les îles, il faut bien faire des réserves non ?) lui donnant l’allure d’un morse échoué, bois érodés par la grêle des tempêtes arctiques (ça c’est une allusion sibyllines à mes divers problèmes de peau dus au sevrage).
N’empêche qu’il avait tenu bon !
N’empêche que les plus grosses tempêtes étaient derrière lui !
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Après bientôt trois ans de voyage, le petit bateau se sait toujours fragile. Il entend encore parfois chanter les sirènes, il rêve encore quelquefois de retrouver son petit port tranquille surtout quand la mer se met en colère. Il n’aime pas trop ce qu’il est devenu …. Un bateau grassouillet, vieilli et ramolli avec à peu près autant d’envergure qu’un gros pneu effiloché et bedonnant traînant dans une décharge.
Alors quoi ? C’est à ce prix la liberté ? Drôle d’allure dis donc …. se demande le petit bateau….
Et pourtant. Il sait d’ores et déjà que cette liberté-là n’a pas de prix parce que justement il en a payé le prix fort.